Mali : Anéfis, nouveau centre de gravité de l’affrontement entre l’armée malienne, ses alliés russes et l’axe FLA-JNIM

Les combats au Mali semblent avoir franchi un nouveau palier au cours des dernières quarante-huit heures, après une série d’attaques coordonnées menées, depuis le 4 juillet 2026, par la Front de libération de l’Azawad et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans sur plusieurs fronts dans le nord et le centre du pays.

Présentée au départ comme une offensive dispersée contre plusieurs positions, l’opération laisse désormais apparaître un objectif principal : Anéfis, localité stratégique située sur l’axe du nord malien, où seraient retranchées des unités des Forces armées maliennes et des éléments du Corps africain russe, héritier opérationnel de Wagner.

Selon les informations disponibles, deux drones kamikazes attribués au Front de libération de l’Azawad seraient tombés, dans la soirée du 6 juillet, à l’intérieur du camp assiégé d’Anéfis, provoquant notamment la destruction d’une antenne de communication. Quelques heures plus tôt, un autre appareil, présenté comme une version améliorée inspirée du drone iranien Shahed, serait tombé à proximité du site avant de s’écraser au-dessus des combattants. Le drone russe Harpia A1 apparaît également pour la deuxième fois dans le conflit malien, après une première mention en mai près de Bamako.

Ces éléments traduisent une évolution notable de la bataille. La confrontation ne se limite plus aux attaques terrestres, aux embuscades ou aux raids ponctuels. Elle intègre désormais davantage l’usage de drones suicides, la perturbation des communications et la pression sur les points de commandement et de ravitaillement.

Dans ce dispositif, Anéfis paraît avoir été choisi comme point de fixation. Les autres attaques menées dans différentes localités auraient surtout servi à disperser les capacités de réaction de l’armée malienne et de ses alliés, tandis que l’effort principal se concentrait sur l’encerclement du camp. Cette lecture rappelle la dynamique observée les 25 et 26 avril, lorsque l’extension géographique de l’insurrection avait déjà montré l’importance accordée au contrôle du nord, notamment autour de Kidal, avant toute progression vers le centre et le sud.

Face à cette pression, les renforts des Forces armées maliennes et du Corps africain en provenance de Gao auraient été régulièrement harcelés, contraints parfois de reculer en abandonnant des véhicules détruits ou incendiés. Des aéronefs auraient également été visés par des tirs, certains étant contraints de quitter la zone pour des réparations urgentes.

Malgré ces difficultés, Bamako et ses relais médiatiques continuent de mettre en avant des vidéos de frappes aériennes à Aguelhok, Anéfis, Gao, Sévaré et Kéniéroba, dans le but d’afficher une capacité de riposte. De leur côté, les canaux Telegram proches du Corps africain multiplient les images de combattants présentés comme neutralisés, notamment à Konna et Somadougou, où les assaillants auraient visé des points de regroupement de milices favorables à Bamako.

Dans le centre du pays, les attaques du JNIM auraient contribué à désorganiser plusieurs bases associées aux chasseurs dozos et aux milices locales, notamment à Kouakourou, Tio, Konna, Somadougou, Karakani et Sini Koro. Des tirs de roquettes et de mortiers, ainsi que des embuscades et contre-embuscades, sont également signalés dans les environs de Sofara, Léré et Gourel Bodjé. Le bilan humain reste difficile à établir, mais plusieurs sources évoquent des pertes importantes parmi les combattants jihadistes et rebelles.

Certains éléments vidéo provenant du terrain montreraient par ailleurs la participation de jeunes combattants issus des communautés locales, parlant l’arabe dialectal ou le tamasheq. Cette dimension confirme que le conflit conserve une forte composante locale, tribale et territoriale, en plus de ses dimensions jihadiste et militaire.

Dans la guerre de communication qui accompagne les combats, le Corps africain affirme avoir éliminé plusieurs figures importantes, dont Moubarak Ag Akli, présenté comme le « chef d’état-major présumé » et premier adjoint du chef du Front de libération de l’Azawad, ainsi que Abderrahmane Zaza, décrit comme un proche d’Iyad Ag Ghali, chef du JNIM. Même si ces annonces venaient à être confirmées, leur impact opérationnel pourrait rester limité, tant la dynamique de l’offensive semble dépasser le sort de quelques responsables.

La situation devient d’autant plus délicate pour les forces maliennes et russes que les conditions météorologiques paraissent moins favorables à l’aviation de combat. Cette évolution peut offrir une marge de manœuvre supplémentaire aux assaillants, notamment autour d’Anéfis. Gao et Tombouctou vivent désormais dans l’attente d’une possible extension de la pression militaire.

Un autre épisode, plus au sud-ouest, illustre l’élargissement du champ des opérations. Près de Kéniéba, à la frontière avec la Guinée, un Soukhoï Su-24 aurait, le 5 juillet, visé un troupeau de bovins supposément appartenant à des jihadistes, tuant plusieurs dizaines de têtes dans la savane. Cet incident, s’il est confirmé, montre que l’armée malienne cherche aussi à frapper les ressources logistiques indirectes des groupes armés.

Le point le plus révélateur reste cependant la situation du camp d’Anéfis. Fait inhabituel, un canal Telegram proche du Corps africain aurait reconnu la difficulté d’approvisionner les forces assiégées. En cas de prolongation du siège, la nourriture, l’eau, les soins aux blessés et les munitions pourraient devenir des facteurs décisifs.

Dans la soirée du 6 juillet, de nouvelles unités du Front de libération de l’Azawad et du JNIM auraient convergé vers la dernière position tenue par les forces maliennes et russes dans la zone. Des habitants de Gossi et des environs de Tombouctou ont, de leur côté, rapporté avoir entendu des aéronefs venant du sud.

Au total, les événements de ces deux derniers jours dessinent les contours d’une nouvelle phase de guerre d’usure au Mali. L’offensive simultanée sur plusieurs fronts ne semble pas seulement viser des gains territoriaux immédiats. Elle cherche aussi à éprouver la capacité de Bamako et de ses alliés russes à tenir des positions avancées dans le nord.

Anéfis devient ainsi un test militaire et symbolique. Une reddition, un effondrement ou un retrait russe du nord du Mali porterait un coup sévère à la crédibilité militaire de Moscou et à l’image du Corps africain sur le continent. À l’inverse, si l’armée malienne et ses alliés parviennent à briser l’encerclement et à conserver la position, Bamako pourrait présenter cette issue comme une victoire stratégique.

Entre ces deux scénarios, une certitude se dégage : la bataille d’Anéfis dépasse désormais la seule dimension locale. Elle pourrait peser sur l’équilibre du conflit au nord du Mali et redéfinir, pour les semaines à venir, le rapport de force entre l’armée malienne, ses partenaires russes et les groupes armés qui contestent leur présence.

 

A.H

اثنين, 06/07/2026 - 23:32