Une question aux Halpulaar de Mauritanie

Je ne suis pas de ceux qui parlent des Halpulaar sans connaître leur histoire ni comprendre les fondements de leur civilisation. Historien de formation et familier du pulaar, je sais comment les sociétés peules se sont constituées, comment le mouvement des Almamys (1727-1898) a façonné leur architecture sociale et donné naissance à des catégories telles que les Torodo, les Fulɓe Jeeri et d'autres composantes qui ont longtemps structuré cet espace humain.Je connais surtout la force exceptionnelle de leur héritage moral. Peu de sociétés en Afrique de l'Ouest ont élevé aussi haut le sens de l'honneur, de la discipline, de la dignité, de la retenue et de la responsabilité. Chez les Halpulaar, la hiérarchie n'a jamais été un simple rapport de pouvoir ; elle s'est toujours voulue l'expression d'une exigence éthique et spirituelle.C'est cette société qui a donné au continent des hommes d'État et des réformateurs d'une stature exceptionnelle, parmi lesquels El Hadj Omar Tall(1797-1864), dont le nom demeure associé à la justice, au courage et à la grandeur.

 

C'est précisément pour cette raison que je pose aujourd'hui une question qui me peine profondément, une question que je n'aurais jamais imaginé adresser à une communauté d'une telle élévation morale : comment a-t-on pu laisser certains de ses propres enfants(Les propos diffamatoires tenus par Abdoulaye Ba à l'encontre de l'épouse du ministre de la Justice.. ) transformer l'insolence, l'invective et la provocation permanente en programme politique, au point d'en faire une norme de l'expression publique ?Je comprends, et même je respecte, l'attachement des Halpulaar à défendre les leurs. Défendre un fils, protéger un frère ou soutenir un membre de sa communauté lorsqu'il est victime d'une injustice relève de valeurs profondément nobles : la fidélité, l'honneur, le courage et le refus de l'abandon.Mais il existe une frontière qu'aucune solidarité ne devrait franchir : celle qui consiste à cautionner la dégradation de la parole publique. Lorsqu'une communauté dont le prestige s'est construit sur la sagesse, la maîtrise de soi et l'exigence morale en vient à tolérer que la vulgarité se substitue à l'argument, que l'outrance remplace la raison et que l'offense devienne une méthode politique, elle s'éloigne dangereusement de ce qui a fait sa grandeur.L'histoire des Halpulaar mérite mieux que cela. Leur héritage moral est trop précieux pour être sacrifié sur l'autel des passions politiques du moment.

Dr.Meme ABDALLAHI

أحد, 19/07/2026 - 21:23