2029 : La triangulaire communautaire

La justice ethnique et communautaire est fondamentalement injuste, et aucun théoricien en science politique de renom ou simple rêveur ne l'a reconnu comme un pilier de la justice sociale. Même Thomas More, l'auteur de ‘’L'Utopie’’, n'avait pas pu pousser son rêve jusqu'à ce point.
En général, la notion de justice communautaire n'est évoquée que dans les États où le projet national est gravement affecté par les replis identitaires, et non en raison du manque d'accès aux droits fondamentaux d'égalité et de justice.
Cela s'est produit en Mauritanie, lorsque les communautaristes noirs ont soulevé la question de la répartition du pouvoir, des richesses et de l'identité nationale en fonction des communautés alors qu'ils n'éprouvaient ni exclusion ni ségrégation.
C'était donc mal parti. Certains avaient même cru que c'était une règle tacite, et les différents régimes y avaient contribué par leur laxisme à ce sujet.
Le président Mokhtar avait sérieusement envisagé de créer une vice-présidence de la République pour la communauté noire, mais il avait dû renoncer à cause du tiraillement entre les aristocrates rivaux : Peuls denianké (les Ba) et Toucouleurs torodo (les Baal et les Kane).
Le président Haidalla avait, de son côté, mis en œuvre le schisme linguistique à l'école publique : l'arabe pour les élèves beïdanes et le français pour leurs frères pulaars, soninké et wolofs.
Le président Mouawiya a également accordé la présidence du sénat aux Foutanké de façon permanente, les plaçant ainsi en deuxième position au sommet de l'État.
Après avoir vu cela, des activistes harratines ont tout simplement pris l'initiative de demander leur part, arguant qu'ils ne sont pas des Beïdanes mais une communauté à part entière, voire un autre peuple. 
Dans un futur proche, il est probable que des jeunes beïdanes se définissent comme amazighs et demandent leurs droits particuliers. Bien que nous n'en soyons pas encore là, cela ne devrait pas tarder car le communautarisme est politiquement payant.
Dans le cas où aucun sursaut républicain ne se produirait en 2029, le ministère de l'Intérieur mettra en place une triangulaire communautaire avec la participation de trois candidats, dans la plus grande normalité, pour briguer la magistrature suprême au nom de leurs communautés respectives. 
Qui va représenter les Mauritaniens dans leur ensemble ?
D'après cette logique, il ne serait plus possible pour personne de représenter l'unité nationale, car les aspirants et le vote seront communautaires.
Dans le cas où cela serait vrai, pourquoi les Basanés iraient-ils en désordre vers cette élection, pendant que les communautaristes harratines et négro-mauritaniens se rassembleront derrière leurs candidats de couleur ? 
N'est-ce pas que chaque Mauritanien a sa propre couleur de peau, avant d'avoir sa couleur politique !

Ely Ould Sneiba
Le 6 juin 2026

سبت, 06/06/2026 - 16:36