Quand le FMI ouvre les coffres de la Banque centrale de Mauritanie

Le signe le plus inquiétant du recul de la souveraineté n’est pas qu’une mission étrangère du Fonds monétaire international inspecte des institutions de l’État, mais que cela devienne un événement ordinaire, ne suscitant aucun débat national sur ses limites, ses justifications et ses effets.

Lorsque les politiques monétaire et budgétaire deviennent des dossiers examinés en dehors de la volonté nationale, le sentiment d’appropriation collective de l’État se rétrécit, et l’idée selon laquelle la décision économique constitue l’une des expressions majeures de l’indépendance politique s’affaiblit.

Le défi n’est donc pas seulement technique ; il est aussi symbolique. Car la souveraineté commence à s’éroder lorsque la volonté nationale devient moins présente dans la gestion des affaires essentielles du pays.

Dans la conscience politique des États modernes, les banques centrales représentent l’un des symboles les plus forts de la souveraineté. Elles protègent la monnaie, sécurisent les réserves, conduisent la politique monétaire et, au-delà de ces fonctions, donnent au citoyen le sentiment que la décision économique de son pays demeure indépendante. C’est pourquoi toute supervision ou tout audit extérieur doit être compris dans son cadre juridique et contractuel, et non comme une image suggérant que les institutions nationales auraient perdu leur discernement, et donc leur capacité d’autocontrôle.

Tous les États coopèrent avec les institutions financières internationales. Il n’y a là rien de répréhensible. Mais ils veillent en même temps à ce que cette coopération reste un appui à la décision nationale, et non un substitut à celle-ci, et à ce qu’elle ne conduise pas à affaiblir la confiance dans les institutions souveraines ni à réduire leur rôle.

De ce point de vue, de nombreux observateurs estiment que l’objectif le plus profond de ces missions consiste à intégrer progressivement la souveraineté monétaire et financière de l’État dans le dispositif de surveillance adopté par les institutions financières internationales. Les décisions essentielles relatives, par exemple, au taux de change, à la gestion des réserves et à la supervision bancaire se trouvent ainsi soumises, à des degrés divers, à l’influence et aux orientations du Fonds monétaire international. Cela permettrait, selon cette lecture, de réduire les risques liés aux prêts accordés à ces États, conformément à la logique et aux intérêts des bailleurs.

C’est pourquoi cette visite ne peut être comprise comme une simple mission d’établissement des faits. Elle s’inscrit plutôt dans un processus plus large de réingénierie des politiques économiques, même si elle prend une forme technique et administrative.

Le rétrécissement de la conscience nationale ne se produit pas brusquement. Il commence lorsque la société s’habitue à voir les leviers les plus sensibles de l’État administrés ou évalués de l’extérieur, tandis que le débat interne sur la construction des compétences nationales et l’indépendance institutionnelle s’affaiblit. À ce moment-là, la souveraineté cesse d’être une valeur vivante, exercée au quotidien, pour devenir un simple slogan brandi lors des grandes occasions.

 

Ismail Mohamed Khaitatt

أربعاء, 08/07/2026 - 12:10