Des permis d’exploration accordés à une société américaine et à une société britannique : les détails des contrats, véritable test pour les intérêts de la Mauritanie

L’intention du gouvernement mauritanien de signer des contrats d’exploration-production avec Murphy Oil Corporation et Chariot Energy Group sur trois blocs offshore du bassin côtier ouvre une nouvelle séquence dans l’ambition du pays de relancer et d’élargir son potentiel pétrolier et gazier.

Présenté en Conseil des ministres le 8 juillet 2026 par le ministre de l’Énergie et du Pétrole, ce dossier s’inscrit, selon le gouvernement, dans une politique visant à mieux valoriser les ressources en hydrocarbures et à attirer des partenaires disposant des capacités techniques et financières nécessaires.

Mais l’enjeu ne se limite pas à l’annonce officielle. Il réside surtout dans la nature des deux sociétés concernées, dans leur capacité réelle à supporter les risques de l’exploration offshore et, plus encore, dans les clauses des contrats qui seront signés.

 

Murphy Oil.. un partenaire américain doté d’une expérience offshore et d’une plus grande solidité financière

Murphy Oil Corporation apparaît comme l’acteur le plus solide du dossier. Cette société américaine, cotée à la Bourse de New York, dispose d’une expérience reconnue dans l’exploration et la production pétrolières, avec des actifs terrestres et offshore dans plusieurs régions.

Son profil donne un certain poids technique et financier à toute opération d’exploration en mer. Murphy Oil n’est pas une société de façade ni un simple intermédiaire cherchant à obtenir une licence, mais un opérateur disposant d’activités réelles, d’une expérience dans les environnements offshore et d’une capacité plus importante à financer des études, des forages et des travaux d’évaluation.

Son expérience récente en Afrique renforce également l’intérêt de sa présence potentielle dans le bassin côtier mauritanien. La société a notamment annoncé un résultat positif dans l’offshore ivoirien, ce qui confirme son implication dans des opérations en eaux profondes et dans des contextes géologiques comparables.

 

Chariot Energy.. une société plus modeste qui mise sur les partenariats et le financement

 

Le profil de Chariot Energy Group est différent. Il s’agit d’une société énergétique tournée vers l’Afrique, cotée sur le marché AIM de la Bourse de Londres. Elle intervient dans les hydrocarbures, les énergies renouvelables et l’hydrogène vert, mais reste nettement plus petite que Murphy Oil.

Chariot a déjà une présence en Mauritanie à travers le projet Nour d’hydrogène vert, développé en partenariat avec TEH2, une structure liée à TotalEnergies et au groupe EREN. Ce projet lui donne une connaissance du pays et de son environnement institutionnel.

Toutefois, la question principale concerne sa capacité financière propre. Chariot fonctionne davantage selon une logique de partenariats, de levées de fonds et d’arrangements financiers progressifs. Son rôle dans les futurs contrats devra donc être observé avec précision : sera-t-elle opérateur principal, partenaire minoritaire, ou simple partie prenante dans une structure plus large ?

L’enjeu sera de savoir quelles obligations concrètes elle assumera : volume d’investissement, programme de travail, garanties financières, calendrier d’exécution et engagement éventuel à passer des études au forage.

 

Le bassin côtier.. le pari de l’exploration, pas la garantie de la découverte

La signature de contrats d’exploration-production sur trois blocs offshore ne signifie pas que la Mauritanie est à la veille d’une découverte pétrolière ou gazière. L’exploration en mer est un processus long, coûteux et incertain.

Elle commence généralement par l’analyse des données géologiques et sismiques, se poursuit par l’identification de prospects, puis par le forage de puits d’exploration. Ce n’est qu’après ces étapes qu’un éventuel résultat peut être évalué commercialement.

Autrement dit, ces contrats doivent être compris comme une opportunité exploratoire, et non comme une promesse de production prochaine. Dans ce secteur, la multiplication des licences n’a de valeur que si elle s’accompagne d’engagements fermes, de programmes de travail précis et d’une capacité réelle de l’État à suivre l’exécution des obligations.

 

Les détails des contrats.. le véritable test pour les intérêts de la Mauritanie

Le point central demeure donc le contenu des contrats. Le communiqué du Conseil des ministres mentionne trois blocs offshore du bassin côtier, mais ne précise ni leurs références, ni le calendrier de signature, ni les obligations techniques et financières imposées aux sociétés.

Plusieurs questions restent ouvertes : quel sera le programme minimal de travail ? Les sociétés seront-elles tenues de forer dans des délais déterminés ? Quelles garanties bancaires seront exigées ? Quelles seront les conditions de restitution des blocs en cas de non-exécution des engagements ? Quelle sera la part de l’État en cas de découverte commerciale ?

La protection de l’environnement marin et le contenu local devront également constituer des éléments centraux de ces accords. Les blocs offshore ne sont pas seulement des espaces d’investissement. Ils touchent aussi à la pêche, au littoral, à la souveraineté économique et à l’avenir énergétique du pays.

 

Entre ambition et prudence.. comment la Mauritanie peut-elle en tirer profit ?

 

La Mauritanie a besoin de partenaires capables de supporter les risques de l’exploration, surtout dans un contexte marqué par l’entrée du pays dans une nouvelle phase gazière avec le projet Grand Tortue Ahmeyim.

Mais le besoin d’investissement ne doit pas conduire à une attribution précipitée des permis ou à une faiblesse dans la négociation contractuelle. La présence de Murphy Oil apporte un poids technique et financier réel. Celle de Chariot Energy peut offrir une connaissance régionale et une capacité à structurer des partenariats, mais elle impose aussi une vigilance accrue sur les engagements concrets de l’entreprise.

Entre le partenaire solide et le partenaire plus flexible, l’essentiel pour la Mauritanie est de placer l’intérêt national au cœur des contrats. Les noms des sociétés peuvent attirer l’attention, mais ce sont les clauses, les garanties et les obligations mesurables qui détermineront la valeur réelle de l’opération.

En définitive, ces contrats d’exploration peuvent représenter une occasion de relancer l’intérêt pour le bassin côtier mauritanien. Mais ils resteront un pari ouvert tant que les détails ne seront pas connus. Le pétrole ne se découvre pas par communiqués officiels, mais par des forages sérieux, une régulation rigoureuse et des contrats conçus pour protéger l’État autant que pour attirer les investisseurs.

 

Ahmed Hady

خميس, 09/07/2026 - 14:16