Jusqu’à quand le secteur de l’énergie paiera-t-il le prix des défaillances de ses gestionnaires

À chaque nouvelle crise, les interrogations ressurgissent sur la gestion de l’un des secteurs les plus stratégiques de la Mauritanie : celui de l’énergie et du pétrole. Après des mois de promesses et de déclarations rassurantes, les longues files d’attente sont réapparues devant les stations-service de Nouakchott, dans une scène devenue récurrente et préoccupante. Pendant ce temps, le ministère garde le silence, sans fournir d’explications à l’opinion publique ni présenter un plan clair pour sortir de cette nouvelle crise.

Le dossier des carburants n’est d’ailleurs qu’un des nombreux sujets qui alimentent les interrogations sur les performances du secteur.

À ce jour, le projet de développement du champ gazier de Bir Allah n’a toujours pas réussi à attirer l’investisseur ou le partenaire capable de le faire entrer dans sa phase de réalisation, malgré son importance stratégique pour l’économie nationale.

Par ailleurs, le projet d’exploitation du gaz du champ de Banda demeure au point mort, près de deux ans après la signature d’un protocole d’accord avec la société GoGas. Durant cette période, aucune mise en œuvre concrète n’a été engagée. Des informations persistantes indiquent que cette société continue de rechercher des bailleurs de fonds et des partenaires pour financer le projet, ce qui soulève des interrogations sur sa capacité technique et financière au moment de sa sélection. Ces interrogations sont d’autant plus fortes que le projet avait auparavant été discuté avec un consortium de grandes entreprises disposant d’une solide expérience et de capacités financières reconnues.

À cela s’ajoute l’incident de l’effondrement partiel des réservoirs de stockage de carburant en cours de construction à Nouakchott, à la suite de vents qui n’ont pas été présentés comme exceptionnels. Cet événement a, lui aussi, ravivé les interrogations sur le niveau de contrôle technique exercé sur des infrastructures stratégiques qui devraient répondre aux normes les plus exigeantes en matière de qualité et de sécurité.

Pris isolément, chacun de ces dossiers peut avoir des explications d’ordre technique ou administratif. Mais leur accumulation en si peu de temps rend difficile de les considérer comme de simples incidents sans lien entre eux. Les citoyens ne jugent pas un secteur à l’aune des communiqués officiels, mais des résultats concrets : la disponibilité des carburants, l’avancement des projets, le respect des calendriers et la qualité des réalisations.

La gestion d’un secteur aussi stratégique que celui de l’énergie exige un haut niveau de transparence et de redevabilité, d’autant plus qu’il touche directement à la sécurité énergétique, aux investissements majeurs et à l’avenir économique du pays. L’opinion publique est donc en droit d’attendre du ministère de l’Énergie et du Pétrole des explications précises sur les causes des retards de certains projets, sur les raisons de la récurrence des pénuries de carburant et sur les mesures prises pour éviter qu’elles ne se reproduisent.

En définitive, la réussite d’un ministre ne se mesure ni au nombre de conférences de presse ni aux promesses annoncées, mais à sa capacité à produire des résultats, à corriger les dysfonctionnements et à assumer sa responsabilité politique lorsque les crises deviennent récurrentes.

Moulaye Sidi Ahmed

خميس, 30/07/2026 - 18:58