Les compétences  sacrifiées: Chronique d’une marginalisation administrative

J’ai achevé, il y a quelques jours, le manuscrit de mon livre intitulé Les compétences sacrifiées :Chronique d’une marginalisation administrative.

Ce livre est né de frustrations accumulées au fil de plus de vingt années passées à tenter de régulariser une situation administrative que la loi garantit pourtant à certaines catégories de fonctionnaires. Durant ces années, j’ai connu les mêmes obstacles : procédures interminables, instructions prétendument inexistantes, dossiers « égarés », signatures différées et, surtout, l’attente. Attendre un changement de gouvernement, un nouveau responsable, une nouvelle promesse… puis voir le dossier revenir à son point de départ.

J’ai traversé cette épreuve sous trois présidents successifs : Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Les discours changent, les visages aussi ; les mécanismes, eux, demeurent étrangement familiers.

J’ai alors compris que la marginalisation administrative n’a pas toujours besoin d’un décret. Il lui suffit parfois d’un dossier oublié, d’une décision différée ou d’une signature qui tarde. Elle agit silencieusement, jusqu’à épuiser la volonté et faire douter l’individu de sa propre valeur.

Mais la souffrance peut aussi devenir une source de lucidité. Mes blessures m’ont poussé à élargir mon regard : je ne voulais plus parler seulement de moi. J’ai commencé à chercher les autres, à écouter des fonctionnaires dont les parcours avaient été brisés ou détournés par l’influence, le clientélisme et la marginalisation des compétences.

Dans les secteurs de l’éducation et de la santé, j’ai rencontré des hommes et des femmes diplômés, expérimentés, ayant consacré des décennies au service public, mais contraints de travailler sous l’autorité de personnes moins qualifiées, parfois choisies davantage pour leur appartenance ou leur influence que pour leur compétence.

 

 

Un fonctionnaire m’a résumé cette réalité en quelques mots : « J’ai longtemps cru que la compétence et la discipline finiraient par être reconnues. Je l’ai compris trop tard. »

 

Les militaires constituent un cas particulier. Leur devoir de réserve m’impose la prudence, mais leurs témoignages rejoignent, sur le fond, ceux des civils : injustice, frustration professionnelle et sentiment que le mérite ne suffit pas toujours à déterminer la place de chacun.

Au terme de cette enquête, une conviction s’est imposée : il ne s’agit pas d’histoires individuelles, mais d’un phénomène.

Celui d’une administration qui peut ensevelir ses compétences sous l’oubli et laisser prospérer des personnalités davantage préoccupées par leur influence que par la construction d’une vision.

C’est, au fond, l’histoire de milliers de fonctionnaires anonymes qui travaillent en silence, attendent une reconnaissance qui ne vient pas et voient les années passer tandis que les réseaux d’influence pèsent trop souvent plus lourd que le mérite.

 

Ce livre est leur histoire

 

L’histoire de ceux que l’on ne voit pas, de ceux dont on ne parle pas, de ceux qui ont travaillé sans être reconnus et attendu sans être entendus.

Une histoire de blessures silencieuses, mais aussi de dignité.

Car la marginalisation ne tue pas toujours la compétence. Parfois, elle la contraint simplement à chercher ailleurs l’espace où elle pourra enfin respirer.

Et c’est peut-être là que commence cette histoire.

 

Dr . Meme Ould ABDALLAHI

اثنين, 27/07/2026 - 22:44