Aux confins de l’oubli : Gadio, la carte et la mémoire des fleuves

« La géographie ne pardonne pas, L’Histoire, encore moins. »
 

Il a suffi d’une phrase. 
Une seule. 
Prononcée par un homme d’État, Cheikh Tidiane Gadio, diplomate de longue haleine, pour que tremble la ligne ténue qui sépare la géographie de la mémoire.

« Le Maroc est aux confins du Sénégal », a-t-il dit. 
Et soudain, entre Dakar et Rabat, la Mauritanie s’est effacée,
Avalée par le silence. 
Comme si le désert, le fleuve et l’histoire n’avaient plus d’épaisseur.

L’effacement d’un pays-mémoire

La Mauritanie n’est pas un vide,elle est le pont. 
Elle est Rosso et Diama, où le fleuve Sénégal sépare et relie à la fois. 
Elle est Nouakchott, porte du Maghreb. 
Elle est Nouadhibou, fenêtre sur l’Atlantique. 
Elle est ce corridor ancien que les caravanes, puis les camions, puis les rêves d’intégration empruntent pour joindre le Maghreb à la CEDEAO.

L’ignorer, c’est faire injure à la terre elle-même. 
C’est oublier que les hommes circulent, que les familles se parlent des deux rives, que le gaz du GTA unit aujourd’hui ce que les frontières avaient séparé hier.

Le silence de la diplomatie : une occasion manquée

Face à cette formule, notre ambassadeur a répondu. 
Mais la réponse est restée tiède, polie, presque effacée. 
Elle n’était pas à la hauteur de l’enjeu. 
Elle n’était pas à la hauteur de l’Histoire.

Elle aurait dû être plus haute,plus ferme,plus lumineuse,il aurait dû dire:

« Le Sénégal et le Maroc sont deux nations sœurs, unies par la foi, le commerce et l’histoire. Et entre ces deux sœurs, il y a une mère : la Mauritanie. 
Car c’est des sables de la Mauritanie que sont partis les Almoravides. 
C’est de nos ribats que sont sortis ces hommes de foi et de rigueur qui, au XIᵉ siècle, ont fondé Marrakech. 
C’est leur nom, Al-Mourabitoun, les hommes du ribat, qui a donné au monde le nom même de Al-Maghrib : le Maroc. 
Ainsi, le Maroc ne touche pas le Sénégal. 
Le Maroc porte en lui la Mauritanie,il en est l’héritier. 
Entre Dakar et Rabat, il n’y a donc pas de vide : il y a une filiation. 
Il n’y a pas de confins : il y a une origine. 
La Mauritanie ne sépare pas,la Mauritanie relie. 
Elle est la mémoire qui précède, le pont qui unit, et la dignité qui rappelle. »

Voilà la réponse que la géographie attendait. 
Voilà la réponse que l’Histoire dictait.

Entre le Maghreb et l’Afrique, la Mauritanie veille

Aujourd’hui, le Sénégal tend la main au Maroc,la Gambie suit. 
La Mauritanie, elle, garde l’équilibre. 
Elle parle aux deux rives. 
Elle se souvient du sang versé, des réfugiés accueillis, des accords signés puis repris.

Lui dire qu’elle n’existe pas, même par inadvertance, c’est lui demander de renoncer à sa vocation : 
être charnière, être passage, être mémoire.

Les cartes ne mentent pas,les hommes, parfois. 
Mais la géographie finit toujours par reprendre ses droits.

Entre le Sénégal et le Maroc, il y aura toujours la Mauritanie. 
Non comme un obstacle, mais comme une respiration. 
Non comme une absence, mais comme une présence indispensable.

Car le plus beau rôle n’est-il pas celui-ci : 
relier sans se confondre, 
exister sans s’imposer, 
et rappeler aux autres d’où ils viennent ?

 

Khlil Sid'Ahmed

خميس, 30/07/2026 - 18:59