GTA : Pourquoi le Sénégal a capté l’essentiel des retombées de BP, au détriment de la Mauritanie

La compagnie britannique BP a annoncé avoir dépensé, entre 2018 et 2024, un total de 2,35 milliards de dollars sur les marchés mauritanien et sénégalais, dans le cadre du développement du projet gazier transfrontalier GTA (Grand Tortue Ahmeyim).

Un montant colossal qui équivaut — à lui seul — à presque le budget annuel de la Mauritanie pour 2024, soit environ 1 000 milliards d’anciennes ouguiyas.

Mais une question s’impose de plus en plus en Mauritanie : qui a réellement bénéficié de ces milliards ? Et quelle est la part des entreprises mauritaniennes par rapport à leurs homologues sénégalaises ?

 

Une domination sénégalaise sur les contrats et les services

 

Les informations disponibles — bien que BP ne publie pas de ventilation exhaustive — montrent que la majeure partie des dépenses liées à la logistique, au transport, à la formation, à l’ingénierie et au soutien de la chaîne d’approvisionnement a profité à des entreprises sénégalaises.

 

Plusieurs facteurs l’expliquent :

•un cadre juridique et commercial nettement plus structuré au Sénégal ;

•la présence d’entreprises locales déjà qualifiées dans le secteur du pétrole et du gaz ;

•l’existence de l’Institut national du pétrole et du gaz (INPG), créé avec le soutien de BP à Dakar, devenu un véritable vivier de compétences ;

•la concentration d’une large partie de la chaîne logistique à Dakar.

 

Quelle part pour les entreprises mauritaniennes ?

 

À ce jour, aucune donnée officielle ne détaille la valeur réelle des contrats attribués aux entreprises mauritaniennes.

Cependant, les indications disponibles montrent que :

•la part mauritanienne demeure très faible ;

•les grands contrats (logistique, transport maritime, ingénierie, services techniques) ont été attribués principalement à des entreprises étrangères ou sénégalaises ;

•les sociétés mauritaniennes ont obtenu surtout des contrats secondaires : hébergement, transport terrestre, approvisionnement et services de base.

 

Selon plusieurs experts, la Mauritanie n’a pas encore constitué une chaîne d’approvisionnement nationale suffisamment solide pour attirer des contrats d’envergure dans un projet gazier de cette taille.

 

La formation : un contraste saisissant entre les deux pays

 

BP a consacré 9,34 millions de dollars à la formation au profit des deux pays.

 

Au Sénégal :

•environ 5 millions de dollars ont été investis dans la création de l’INPG ;

•l’institut s’est imposé comme le principal centre de formation pétrolière et gazière de l’Afrique de l’Ouest ;

•ses diplômés travaillent aujourd’hui :

•sur le site GTA ;

•au sein des entreprises sénégalaises sous-traitantes ;

•au ministère de l’Énergie ;

•et à Petrosen, la compagnie pétrolière nationale.

 

En Mauritanie :

•un montant similaire a financé la création du NITC, un centre de formation à distance situé près du ministère ;

•le centre reste largement inopérationnel, malgré l’existence du bâtiment ;

•il n’a pas réussi à devenir une structure de formation active ni à produire de véritables compétences pour le secteur.

 

En résumé :

Le Sénégal a obtenu une institution productive, la Mauritanie un bâtiment vide.

 

La Mauritanie a-t-elle réellement bénéficié du projet ?

 

Les indicateurs suggèrent que le Sénégal a tiré bien plus d’avantages économiques directs de la présence de BP, grâce à :

1.une meilleure préparation institutionnelle ;

2.un capital humain formé dans des institutions performantes ;

3.un tissu d’entreprises compétitives ;

4.un environnement des affaires plus incitatif.

 

La Mauritanie, pourtant partenaire officiel du projet et détentrice d’une ressource naturelle conjointe, reste moins avantagée, faute de préparation interne capable de transformer la présence d’un géant comme BP en levier économique durable.

 

Où se situe réellement le problème?

 

Les spécialistes s’accordent à dire que le défi dépasse la seule responsabilité de BP. Le manque de résultats en Mauritanie tient à :

•l’absence d’une véritable politique de contenu local ;

•le faible niveau de qualification du secteur privé ;

•l’inexistence d’une structure nationale de coordination entre les entreprises locales et les projets internationaux ;

•l’absence d’une stratégie proactive de formation avant le lancement du projet.

 

 

Conclusion : des milliards dépensés… mais une valeur locale limitée

 

Les 2,35 milliards de dollars investis par BP auraient pu produire un impact transformateur majeur en Mauritanie si une stratégie claire avait été mise en place pour capter la valeur locale.

 

Aujourd’hui, les faits indiquent :

•un bénéfice nettement supérieur pour le Sénégal ;

•un retour mauritanien faible, fragmenté et non structurant.

 

Reste à savoir si la Mauritanie saura corriger le tir à l’approche de la phase de production.

 

ثلاثاء, 25/11/2025 - 10:37