La Guerre du Sahara : une lecture alternative.. La Mauritanie n’était pas au bord de l’effondrement

Durant près d’un demi-siècle, l’histoire officielle a décrit la Mauritanie de 1975–1978 comme un État « épuisé », « militairement dépassé » et « contraint » d’abandonner le Sahara pour sauver sa survie.
Cette version, devenue dominante, repose pourtant sur une série de récits politiques post-coup d’État, bien plus que sur une analyse fine des réalités militaires de l’époque.

Ce texte défend une autre lecture : celle de ceux qui ont combattu, observé directement le terrain, et qui savent que la Mauritanie n’était pas militairement vaincue . au contraire, elle était en train de renverser la dynamique, notamment grâce au soutien aérien français et à l’adaptation progressive de ses forces.

Après le 10 juillet 1978, les nouveaux dirigeants militaires ont eu intérêt à présenter la situation de manière dramatique :
 • pour justifier le coup d’État ;
 • pour délégitimer la politique du régime précédent ;
 • pour expliquer l’abandon immédiat du Sahara ;
 • pour donner un vernis de “nécessité historique” à une décision essentiellement politique.

Cette version s’est imposée, mais elle ne correspond pas à l’appréciation que de nombreux militaires mauritaniens avaient sur le terrain.

La Mauritanie n’était pas en déroute son armée sans expérience apprenait vite.

Entre 1975 et 1978 :
 • les unités mauritaniennes se sont adaptées au désert profond ;
 • la mobilité s’est améliorée ;
 • l’interopérabilité avec l’aviation française a changé l’équilibre ;
 • l’expérience accumulée dans les batailles contre les colonnes du Polisario était réelle et significative.

 

Contrairement à la légende d’une armée « écrasée », la Mauritanie a acquis des compétences opérationnelles nouvelles et redoutables.

 

À partir de 1977, l’arrivée de l’aviation française a était un tournant stratégique et a profondément modifié le rapport de forces.

Le Polisario, habitué à la surprise , à l’initiative de l’attaque et au choix du lieu de l’attaque , se trouvait désormais :
 • détecté,
 • frappé en profondeur,
 • intercepté lors de ses mouvements,
 • vulnérable dans ses retraites.

Le modèle de “guerre de harcèlement” du Polisario commençait à s’effriter.

 

Les opérations conjointes mauritano-françaises ont infligé des revers sérieux aux unités du polisario

Ses pertes augmentaient.
Sa mobilité devenait risquée.
Le risque d’un effondrement tactique à court ou moyen terme était réel. En plus d’une pression diplomatique croissante.

La version selon laquelle il dominait militairement relève plus du discours politique que du constat opérationnel.

 

le coup d’État du 10 juillet 1978 n’est pas venu pour sauver la Mauritanie de la guerre, mais pour arrêter une dynamique qui devenait dangereuse… pour le Polisario.

 

En interrompant immédiatement la coopération militaire franco-mauritanienne et en annonçant l’arrêt unilatéral des opérations, le Comité Militaire de Redressement National (CMRN) a offert au Polisario :
 • une pause stratégique,
 • un répit opérationnel,
 • un renforcement diplomatique,
 • la possibilité de concentrer ses forces sur un seul adversaire .

 

Ce timing n’était pas neutre.Au moment où les opérations commençaient à porter leurs fruits :
 • aucune négociation majeure n’était engagée,
 • aucun effondrement militaire mauritanien n’était observé,
 • aucune menace existentielle immédiate ne justifiait l’abandon total du front.

La rupture fut :
 • soudaine,
 • totale,
 • sans transition,
 • sans débat.

Cela suggère un calcul politique, non une nécessité militaire.

Plusieurs facteurs constituent Les motivations profondes du coup d’État :

Certaines puissances régionales voyaient d’un mauvais œil un Polisario fragilisé face à deux États.

Le retour à un front unique servait :
 • l’équilibre régional,
 • les intérêts de certains pays 
 • la stabilité des relations avec certains partenaires internationaux.

Le problème n’était pas l’armée mais le pouvoir civil .

 

Le coup d’État visait avant tout le régime, pas la guerre.

Des acteurs influents au sein de l’institution militaire voulaient :
 • se désengager du Maroc,
 • se rapprocher de l’Algérie,
 • mettre fin à une guerre qu’ils estimaient ne pas être “la leur”.

 

Conclusion : une histoire à réécrire

La thèse dominante — Mauritanie “à genoux”, guerre impossible, défaite annoncée — repose surtout sur des récits post-coup d’État.

La réalité vécue par ceux qui ont combattu raconte une autre histoire :
 • la Mauritanie n’était pas en déroute ;
 • le Polisario commençait à subir des pertes lourdes ;
 • l’aviation française changeait la donne ;
 • le coup d’État a interrompu une dynamique militaire favorable ;
 • la décision d’arrêter la guerre fut politique, pas opérationnelle.

Il est temps que la voix des combattants soit intégrée à l’histoire du conflit . Parce que l’histoire ne doit pas seulement être écrite par ceux qui sont arrivés après…
mais aussi par ceux qui ont été là.

 

Lebatt Ould Mayouf 

خميس, 27/11/2025 - 23:12