Le président Mokhtar était-il un nationaliste arabe

Pour restaurer la personnalité culturelle de son pays, qui a été agressée par le colonialisme, le président Mokhtar a dû faire face au nationalisme pulaar à visage découvert, les fameux 19, puis à un entrisme vicieux au sein du mouvement kadihine, et plus tard à travers le MND noyauté par les mêmes ethnicistes fanatiques tourmentés par une obsession : l'arabisation, disent-ils, de la Mauritanie !
Parler de l'arabisation de la Mauritanie, c'est comme évoquer la fulanisation du Fouta, qui est déjà peul depuis des temps immémoriaux, à partir de la conquête du Fouta par Koli Tenguella et l’avènement de la dynastie des Deniankobé. Donc, enfoncer une porte ouverte depuis des siècles et des siècles. 
Mais, le président Mokhtar, conscient de l'ampleur du fanatisme anti-arabe lors du Congrès d'Aleg, devait tout de même prendre en compte un impératif : accorder à la langue arabe sa place naturelle au sein de la République naissante. C'était la finalité de sa démarche entreprise en février 1966, un pari risqué en raison du chauvinisme des chori-stes de la francophonie, renforcé par une vague migratoire exclusivement francophone provenant du Sénégal.
Cependant, le président Mokhtar n'adhérait ni aux idées nasséristes, ni aux idées du Baath, et encore moins aux idées du nahdisme. De surcroît, le camp arabe sous la direction de Nasser s'était vigoureusement opposé à l'indépendance de la Mauritanie, que le Sénégal et la France avaient défendu activement, non sans calculs.  
Après avoir pris du recul, il est maintenant possible de dire que les dirigeants arabes étaient lucides. Les Foutanké du nord, qui ont été intégrés dans la future Mauritanie par les colons et leurs collaborateurs, ont provoqué une querelle identitaire qui a eu des répercussions graves sur la bonne marche du nouvel État indépendant. 
Que le président Mokhtar soit nationaliste ou non, il est parti, d'autres lui ont succédé, et la crise ne cesse de s’approfondir.
Ainsi, la confrontation interethnique de 1966 a pris un tournant plus grave ; elle s'est transformée en ‘’un passif humanitaire’’. L'obligation de l'égalité entre les citoyens a été remplacée par celle de l'égalité ethnique. Le refus de la langue arabe est devenu une revendication pour officialiser toutes les langues nationales. La personnalité culturelle nationale a été érigée en zone franche, l’épopée de Samba Guéladio a été déclarée patrimoine culturel immatériel de la Mauritanie.
La question de l'identité nationale est plus que jamais un enjeu de race, soutenu par les Poulo-Toucouleurs qui ont élu domicile aux États-Unis et en Europe plutôt que par ceux qui vivent sur le territoire national.
La récente visite du président des FLAM à Nouakchott prouve que la deuxième génération issue de l'émigration est déconnectée de son pays d'origine, et les générations futures seront davantage éloignées.
Va-t-on pour autant permettre à la Mauritanie de poursuivre son chemin vers la paix, la stabilité et l'intégration nationale ?
Difficile à prédire, car pour les Foutanké, le Fouta est indivisible. Donc, on continue à lutter contre l'hégémonie arabe.

Ely Ould Sneiba
Le 20 juin 2026

سبت, 20/06/2026 - 12:52