
Alors que le climat sécuritaire continue de se détériorer au Sahel, la diplomatie et le dispositif militaire russes au Mali affrontent une crise stratégique majeure. Confronté à la recrudescence d'offensives coordonnées de la rébellion touarègue et des groupes jihadistes, le ministère russe des Affaires étrangères a ordonné l'évacuation de son personnel diplomatique non essentiel. Ce repli met en lumière les limites du modèle sécuritaire fondé sur l'appui des compagnies paramilitaires privées et accentue les fissures politiques au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES).
Sur le plan opérationnel, l'accord stratégique scellé entre Bamako et le réseau russe Africa Corps, héritier du groupe Wagner, marque le pas. Depuis l'embuscade dévastatrice subie à Tinzaouatene en 2024, le Nord-Mali s'est transformé en un piège d'usure.
Les affrontements violents qui font rage autour des nœuds routiers d'Anéfis et de Kidal démontrent que les forces conjointes des Forces armées maliennes (FAMa) et des mercenaires russes subissent un harcèlement systématique.
Au-delà des bastions du septentrion, la détérioration sécuritaire frappe désormais le cœur économique du pays. Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) resserre son blocus sur les axes logistiques majeurs reliant Bamako au reste du territoire. Les attaques par engins explosifs improvisés et le ciblage répétitif des convois de carburant privent la capitale de ressources énergétiques élémentaires, provoquant un sentiment d'encerclement chez les habitants. Les experts observent désormais une stratégie d'asphyxie urbaine combinée à une capacité à fixer les forces régulières sur un front de plus de 1 500 kilomètres.
Au Burkina Faso, la crise sécuritaire s'est doublée d'une vive fracture sociopolitique. La sortie polémique du capitaine Ibrahim Traoré, qui a publiquement mis en garde contre le radicalisme religieux et rappelé avec virulence la mémoire des traites négrières et le rôle historique d'empires arabo-musulmans dans l'esclavage africain, a jeté un froid glacial parmi les cercles religieux et diplomatiques. Alors que le pays fait face à des attaques meurtrières récurrentes sur les axes menant à Ouagadougou, ce réquisitoire contre ce que le pouvoir qualifie d'impérialisme culturel ou d'extrémisme a brusquement aliéné une partie des instances musulmanes traditionnelles et de la jeunesse pieuse qui composaient le socle de ses soutiens.
Au Niger, le régime de transition traverse également une zone de fortes turbulences diplomatiques et internes. Le général Abdourahamane Tiani s'est illustré par plusieurs bévues verbales et diplomatiques fracassantes, accusant tour à tour le Bénin et le Nigeria d'abriter des bases étrangères destructrices pour déstabiliser Niamey, des déclarations jugées irresponsables et sans fondement par ses voisins, qui ont achevé d'isoler l'économie nigérienne et d'envenimer les relations frontalières. Ces écarts de langage, ajoutés aux frictions étalées au grand jour au sein même de la junte (CNSP) et aux menaces de paralysie logistique, entament sérieusement la crédibilité du pouvoir nigérien face à la menace terroriste grandissante dans la région du Tillabéri.
C’est sur le terrain sociopolitique que le marasme devient le plus préoccupant pour l'ensemble des pouvoirs militaires de la région. Longtemps portés par un soutien populaire farouche et un réseau de mouvements souverainistes, les gouvernements de transition font face à un désenchantement grandissant. Ces anciens soutiens, qui voyaient dans le partenariat russe et le départ des forces internationales le levier d'une souveraineté retrouvée, expriment désormais une amertume profonde. Ils constatent qu'après des mois de promesses, le quotidien des populations ne s'est pas amélioré : les coupures d'électricité massives s'éternisent, le coût de la vie explose et les territoires libérés sur le papier restent sous la menace permanente des insurgés. Ce sentiment de faire du surplace, enchevêtré dans des querelles idéologiques ou diplomatiques fratricides, transforme l'enthousiasme initial en un sentiment de trahison et d'impuissance.
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