
Les dégâts constatés sur deux réservoirs de carburant encore en construction à Nouakchott ne peuvent être réduits à un simple incident météorologique. Ils soulèvent au contraire des interrogations légitimes sur la qualité de la conception, de l’exécution et du contrôle d’un projet stratégique censé renforcer durablement les capacités nationales de stockage.
Le ministère de l’Énergie a affirmé que les vents avaient dépassé 80 km/h, précisant que les deux réservoirs endommagés n’avaient pas encore atteint la phase de couverture et que les réparations seraient prises en charge par l’entreprise, sans coût supplémentaire pour l’État. Toutefois, ce chiffre ne devrait pas être considéré comme établi tant qu’il n’est pas corroboré par des données météorologiques officielles publiées.
En effet, les données de prévision et d’observation accessibles pour Nouakchott indiquent des vents compris entre 25 et 31 km/h, avec des rafales maximales d’environ 43 km/h. Cet écart important entre la communication du ministère et les données disponibles mérite des explications. Il appartient aux services météorologiques nationaux de publier les mesures enregistrées sur le site concerné, ainsi que la méthodologie utilisée, afin d’éviter que la vitesse du vent ne serve d’explication sans vérification indépendante.
Une question demeure : comment une infrastructure stratégique en cours de construction peut-elle subir de tels dommages alors que des habitations précaires et des abris de fortune dans les quartiers populaires ont résisté aux mêmes conditions météorologiques ?
L’argument selon lequel les réservoirs n’étaient pas encore couverts ne suffit pas à dissiper les interrogations. Les différentes phases d’un chantier industriel sont elles aussi soumises à des normes techniques destinées à garantir la stabilité des ouvrages face aux conditions climatiques prévisibles de la région, notamment les vents et les tempêtes de sable.
Au-delà de l’incident, c’est désormais le marché de construction des dépôts stratégiques de carburants qui mérite un examen approfondi. Le public est en droit de connaître le montant du contrat, les entreprises attributaires, les modalités d’attribution du marché, le bureau chargé du contrôle technique, les normes de construction retenues ainsi que les responsabilités respectives des différents intervenants.
Le fait que l’État n’ait pas à supporter le coût des réparations ne répond pas à la question essentielle. L’enjeu n’est pas seulement financier ; il concerne avant tout la fiabilité d’infrastructures destinées à sécuriser les réserves stratégiques de carburants du pays pour les années à venir.
Le ministre de l’Énergie porte une responsabilité politique dans ce dossier. Cette responsabilité implique davantage qu’une visite sur le chantier ou la reprise des explications fournies par l’entreprise. Elle exige la mise en place d’une expertise technique indépendante, la publication de ses conclusions ainsi que la transparence sur les données météorologiques et les conditions d’exécution du marché.
Car au final, la véritable question n’est pas de savoir si le vent a soufflé fort, mais si ce premier incident révèle des faiblesses qui auraient pu passer inaperçues jusqu’à la mise en service de ces installations stratégiques.
Moulaye Sidi Ahmed



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