
Le ministre mauritanien de l’Énergie, Mohamed Ould Khaled, s’est dit surpris par les critiques adressées à son département après les dommages causés aux dépôts stratégiques de carburant en cours de construction à Nouakchott. Selon lui, les installations sont toujours en phase de réalisation, sous la responsabilité de l’entreprise chargée des travaux, et n’ont pas encore été réceptionnées par l’État. D’un point de vue contractuel, la responsabilité directe de la sécurité du chantier et de la qualité de l’exécution incombe donc au constructeur jusqu’à la réception définitive de l’ouvrage.
Toutefois, l’absence de réception du projet ne dégage pas entièrement le ministère de ses responsabilités. En tant que maître d’ouvrage, il demeure chargé de suivre l’exécution des travaux et de veiller au respect des spécifications techniques, des normes de qualité et des exigences de sécurité. Même pendant la phase de construction, l’État a l’obligation d’assurer un contrôle effectif à travers les services techniques et les bureaux de supervision, afin de vérifier que l’entreprise exécutante respecte les engagements contractuels ainsi que les études d’ingénierie.
Sous cet angle, les critiques formulées à l’encontre du ministre apparaissent légitimes. Non pas parce qu’il serait automatiquement responsable des dommages constatés, mais parce que son ministère est l’autorité compétente pour expliquer les circonstances de l’incident, en déterminer les causes et préciser si les normes de sécurité et les prescriptions techniques ont été correctement appliquées par les différents intervenants. Cette exigence est d’autant plus forte que le projet revêt une importance stratégique pour la sécurité énergétique du pays et représente un investissement de plusieurs dizaines de millions de dollars.
Par ailleurs, la détermination des responsabilités ne peut se limiter au constat que l’ouvrage n’a pas encore été réceptionné. Elle suppose une expertise technique indépendante permettant d’établir si les dommages résultent de conditions météorologiques exceptionnelles, d’un défaut de conception, d’une mauvaise exécution, d’une insuffisance des dispositifs de fixation ou encore de défaillances dans le contrôle et la supervision.
Dans ce contexte, il aurait été attendu du ministre qu’il annonce, au-delà du simple rejet des critiques, l’ouverture d’une enquête technique indépendante, la publication de ses conclusions et des précisions sur les conséquences éventuelles de cet incident, notamment sur le calendrier des travaux et sur la fiabilité future des installations.
En définitive, les déclarations du ministre ne remettent pas en cause le droit de l’opinion publique de demander des comptes sur la manière dont un projet stratégique de cette ampleur est suivi et contrôlé. Le fait que les dépôts n’aient pas encore été réceptionnés signifie seulement qu’ils ne sont pas encore entrés dans le patrimoine opérationnel de l’État ; cela ne signifie pas que celui-ci soit étranger à ce qui se produit sur le chantier pendant la phase de réalisation.



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