
La Mauritanie est officiellement entrée, en 2025, dans le cercle des pays exportateurs de gaz naturel liquéfié avec le démarrage des expéditions du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA). Selon le Rapport annuel 2025 de la Banque centrale de Mauritanie, les exportations de gaz ont atteint 237 millions de dollars, soit environ 9,4 milliards MRU.
Ce lancement a contribué à améliorer les comptes extérieurs du pays. Les exportations totales ont progressé de 12,3 % pour atteindre près de 4,3 milliards de dollars. Le déficit commercial a, de son côté, fortement reculé, passant de 497 millions de dollars en 2024 à seulement 23 millions en 2025. Le déficit du compte courant s’est également réduit, de 9,4 % à 3,4 % du PIB.
Mais ces résultats ne signifient pas encore que la Mauritanie est devenue une économie gazière au sens plein du terme.
Le rapport de la Banque centrale montre que l’or, le minerai de fer et les produits de la pêche continuent de représenter 93,5 % des recettes d’exportation. Lors de sa première année commerciale, le gaz n’a donc constitué qu’une part limitée des ventes extérieures du pays.
Les réserves de change ont certes augmenté, passant de 1,96 à 2,21 milliards de dollars entre fin 2024 et fin 2025. Mais le rapport n’isole pas précisément la contribution du gaz à cette hausse. Il l’attribue plus largement aux recettes du secteur extractif, notamment celles de la SNIM et de Tasiast, ainsi qu’aux effets de la réforme du marché des changes et à une meilleure gestion des avoirs extérieurs.
Le paradoxe est encore plus visible dans le taux de croissance. Malgré les premières exportations de gaz, la croissance réelle a ralenti à 4 % en 2025, contre 6,3 % en 2024. Cette évolution s’explique notamment par le recul de la valeur ajoutée des activités extractives traditionnelles et par le fait que les premières cargaisons de GNL n’ont commencé qu’en avril, sans que le projet fonctionne à pleine capacité sur l’ensemble de l’année.
Autre limite importante : le rapport ne précise pas combien l’État a effectivement perçu sur les 237 millions de dollars exportés. La valeur des ventes de gaz ne correspond pas automatiquement aux recettes budgétaires. Il faut en déduire les coûts, les parts des partenaires, les mécanismes de récupération des investissements, les taxes et les redevances.
La Mauritanie a donc bien franchi une étape historique en devenant exportatrice de gaz. Mais elle n’est pas encore entrée dans une véritable économie gazière, capable de transformer durablement la structure productive, les recettes publiques, l’emploi et les conditions de vie.
Le véritable tournant ne se mesurera pas seulement au nombre de cargaisons exportées, mais à la capacité du pays à rapatrier les revenus, à les intégrer au système financier national et à les convertir en investissements, en services publics et en emplois durables.



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