Les réserves de change de la Mauritanie dépassent 2,2 milliards de dollars : comment sont-elles gérées

Selon le Rapport annuel 2025 de la Banque centrale de Mauritanie, les réserves de change du pays ont atteint 2,212 milliards de dollars à fin décembre 2025, contre 1,964 milliard un an plus tôt, soit une progression de 248 millions de dollars, équivalente à 12,62 %. La Banque centrale attribue cette évolution à la solidité de la position extérieure, aux recettes du secteur extractif, notamment celles de la SNIM et de Tasiast, ainsi qu’aux effets de la réforme du marché des changes.

 

Au-delà de leur niveau, l’enjeu central réside dans la manière dont ces réserves sont gérées. Le rapport fait état d’une réorientation progressive de la stratégie de placement, avec une réduction de la part des dépôts à terme auprès de banques commerciales internationales au profit de titres souverains de haute qualité de crédit, notés au minimum AA-. Cette évolution vise à mieux diversifier les actifs et à limiter l’exposition aux risques.

 

La Banque centrale a également engagé une diversification de la composition en devises de ses avoirs, afin de réduire leur concentration en dollar américain et de rapprocher davantage la structure du portefeuille de celle de la balance des paiements mauritanienne.

 

Le portefeuille est organisé en plusieurs compartiments. Une tranche de liquidité est investie principalement dans des dépôts à court terme et des titres souverains libellés en dollars et en euros, avec des maturités inférieures à un an, afin de garantir une disponibilité rapide des fonds. Une tranche d’investissement est, pour sa part, placée dans des titres souverains et supranationaux d’une maturité comprise entre un et cinq ans. Les portefeuilles HTM/HTCS représentent environ 25 % de l’allocation globale et sont composés principalement de titres publics, d’obligations d’agences et d’instruments émis par des institutions supranationales.

 

Cette politique ne vise pas seulement à préserver les avoirs extérieurs. Elle génère également des revenus. En 2025, la gestion des réserves a rapporté 82,43 millions de dollars à la Banque centrale. Sur la période 2023-2025, ces revenus sont restés compris entre 82 et 86 millions de dollars par an. La tranche de liquidité a contribué à hauteur de 33,9 % des revenus globaux, la tranche d’investissement à 27,5 % et les portefeuilles HTM/HTCS à 26,8 %.

 

Le rapport présente ainsi la gestion des réserves comme un arbitrage permanent entre trois impératifs : sécurité, liquidité et rendement. En 2025, la Banque centrale a également mis en production un système intégré de gestion de portefeuille destiné à automatiser les opérations, renforcer la traçabilité et améliorer les mécanismes de contrôle interne.

 

Les réserves de change ne sont donc plus seulement un indicateur de solidité extérieure ou un coussin destiné à couvrir les importations. Elles constituent désormais un véritable portefeuille financier, géré selon des critères de diversification, de risque et de rentabilité.

Le principal défi reste toutefois de préserver ce niveau dans un environnement marqué par la volatilité des matières premières, le poids des importations et les risques extérieurs. Car si une réserve de 2,2 milliards de dollars renforce la capacité du pays à absorber les chocs, sa solidité dépend aussi de la capacité de l’économie à continuer de générer durablement des recettes en devises.

 

Aqlame

سبت, 08/08/2026 - 22:45