Qui a entraîné la Mauritanie dans une crise ethnoraciale

La République mauritanienne a été un projet colonial de bout en bout, de la délimitation géographique à la composition de son hymne national, en passant par l'établissement de son administration. 
‘’Le pays des Maures’’, aussi appelé ‘’Bilad Chinguitt’’ verra la participation d'une partie du Fouta sénégalais à la formation d'un État indépendant mêlant arabité et négritude, baptisé Mauritanie, en référence aux peuples autochtones de l'Afrique du Nord et non à ceux du sud.
De plus, le nouvel État sera dirigé par les Maures et non par les Foutanké. 
Dans l'esprit des Français et dans celui de la classe politique de la fondation maure, il était prévu d'instaurer un État-nation. 
C'était une erreur de jugement, annonçant de graves crises identitaires à répétition.
En réalité, la classe politique du Fouta, issue de l’Ecole normale William-Ponty de Sébicotane, berceau du nationalisme négro-africain, sans État sous son autorité et avec son identité peule ne pourrait adhérer, sinon, qu'à un État multinational, au moins.
Après coup, les Maures vont réaliser qu'ils ont été victimes d'un plan prémédité, bien colonial : ils seront privés du Sahara occidental, au nord, et de l'Azawad, à l'est, et en termes politiques, ils devront partager leur État avec les Foutanké du nord, ceux du sud étant déjà sénégalais, par décret français.
Cette réalité pénible, l'élite politique maure la comprendra lorsque les nationalistes pulaars demanderont des garanties constitutionnelles pour marcher.
Elle la saisira davantage lorsque le mot d’ordre négro-mauritanien est lancé : la langue arabe ne sera ni la langue officielle, ni la langue utilisée dans l'enseignement, ni la langue employée dans l'administration publique. 
La question linguistique sera donc l'un des principaux moyens de lutter contre l'arabité de la Mauritanie. 
Maladroitement, les ethnicistes poulo-toucouleurs, qui prétendent aujourd’hui se préoccuper du respect de la diversité culturelle et donner des leçons démocratiques, persistent à ne pas reconnaître, dans les faits, la langue arabe, malgré son statut officiel qui n'a été obtenu que quelques décennies après l'indépendance, en raison de leur farouche opposition, eux.
Par ailleurs, les nationalistes pulaars, véritables défenseurs du nationalisme français, communément appelé francophonie, adoptent la philosophie politique et le modèle démocratique français. Cependant, pour des motifs purement ethnicistes, ils s'opposent à l'idée d'État-nation.
Leur dessein est de créer un État multinational en Mauritanie avec des identités multiples, des langues officielles multiples et un pouvoir partagé entre les diverses ethnies nationales.
Doit-on leur rappeler que le modèle étatique multinational n'est pas instauré dans la sous-région ?
Que les langues africaines ne sont officielles que symboliquement dans les pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) pour défier les Français, et que ces langues, dont certaines sont encore aux balbutiements de l'écriture, ne seront jamais utilisées.
En ce qui concerne le Sénégal, l'officialisation du wolof a été freinée par la résistance des ethnistes poulo-toucouleurs et ne pourra se faire que dans le sang, comme cela a été le cas pour l'officialisation de la langue arabe en Mauritanie.
Si jamais il était nécessaire de partager la Mauritanie, pourquoi les Maures seraient-ils contraints de s'associer avec les Négro-Africains plutôt qu'avec leurs frères marocains ?
Depuis 1966, les nationalistes pulaars n'ont cessé de déclencher des crises identitaires pour défendre leur négritude, affirmant qu'elle est menacée par le pouvoir maure. 
Par conséquent, pour les satisfaire, il faudrait établir un État binational, arabe et négro-africain. 
Cette configuration ne serait-elle pas l'enfouissement du rêve maure d’un État pour eux uniquement ? 
Allons à Aleg pour remettre les pendules à l'heure. 
Et il n’y a que deux options possibles :
Une Mauritanie État-nation ou État multinational. Si ce dernier choix est retenu, les Maures ne manqueraient certainement pas de dire aux Français : "Vous nous avez piégés."
En fuite de la pluie arabe, nous nous sommes retrouvés plongés dans le fleuve Sénégal, peuple de Gribouille ! 

Ely Ould Sneiba
Le 23/6/2026

ثلاثاء, 23/06/2026 - 16:35