Le tournant politique de Ghazouani

La visite du Hodh Ech Chargui n’a pas été un simple événement protocolaire, ni une étape de plus dans les tournées d’inspection présidentielles. Ce qui s’y est passé a constitué un moment charnière dans la relation du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani avec le pouvoir, son entourage et l’opinion publique mauritanienne.

 

Pour la première fois, le président est apparu comme s’il déposait l’habit de l’officier qui l’accompagne depuis son accession au pouvoir, pour revêtir – en pleine conscience – celui de l’homme politique qui jauge les instants, décrypte les messages et réajuste les règles du jeu lorsqu’il estime que certains cherchent à en instaurer d’autres.

 

Depuis des mois, de petites cercles, bien que très influents au sein de l’appareil d’État, s’efforcent d’entraîner l’opinion publique dans un débat anticipé sur l’élection présidentielle de 2029 et d’orienter la discussion nationale vers des dossiers dont les objectifs réels dépassent largement les apparences.

Cette dynamique n’était ni innocente, ni éloignée de la quête d’influence et d’avantages à court terme, portée par des acteurs bénéficiant d’un accès privilégié aux leviers de décision.

 

Mais la visite du Hodh Ech Chargui a révélé que le président ne regarde plus ces manœuvres avec la réserve de l’officier, mais avec l’instinct du politique qui sait que laisser les choses dériver pourrait lui coûter plus que ce qu’un système, encore au début de son dernier mandat, peut supporter.

Il est devenu évident que le président a commencé à effectuer ses propres calculs, et qu’il n’est plus disposé à confier les cartes du jeu à ceux qui se pensent “les mieux placés”.

 

Dans le Hodh Ech Chargui, Ghazouani est apparu plus sûr de lui, plus affirmé, comme s’il avait pris une décision qui se passe de commentaires :

être celui qui fixe le tempo, et non celui qui se le voit imposer par des acteurs de l’ombre.

 

La politique ne se résume ni aux longs discours, ni aux promesses répétées ; elle est faite d’actes mesurés, d’initiatives au moment opportun, de décisions qui expriment ce que les mots taisent.

Et si ce que nous avons observé dans le Hodh Ech Chargui n’est qu’un début, les semaines à venir pourraient offrir une illustration plus nette de cette transformation, que ce soit dans les dossiers de lutte contre la corruption ou dans la gestion d’un entourage ayant longtemps profité de la patience présidentielle au-delà des limites du raisonnable.

 

Ce qui s’y est produit dépasse le cadre local : c’est un message politique à part entière.

Le président a décidé de faire de la politique — et de la faire lui-même

جمعة, 14/11/2025 - 14:51