Éducation en Mauritanie : quand l’école publique s’effondre, seuls les riches apprennent à lire

Chaque année, la scène se répète : des milliers de jeunes Mauritaniens affrontent les épreuves du baccalauréat avec plus d’angoisse que d’assurance. Ce n’est pas tant la difficulté des examens qui les trouble, mais la conscience aiguë d’un déficit structurel, profond, dont ils sont les premières victimes : un système éducatif à deux vitesses, où seuls les enfants des familles aisées peuvent espérer franchir les étapes du savoir sans encombre.

Dans un pays où la pauvreté reste largement répandue et les inégalités criantes, l’éducation — censée être un levier de justice sociale — est devenue, paradoxalement, un puissant instrument de reproduction des élites. À Nouakchott comme dans les régions, les établissements publics tombent en ruines, les enseignants sont démotivés, les programmes obsolètes, les classes surchargées. Pourtant, les ministères inaugurent à grands frais de superbes universités aux noms ronflants, habillées de façades modernes, mais vides de sens et d’avenir pour ceux qui y entrent sans bagage. 

Face à cet effondrement, une minorité de familles fortunées s’organise. Elles placent leurs enfants dans des écoles privées, souvent coûteuses, parfois étrangères, où l’enseignement suit un tout autre rythme. Là, les élèves apprennent dans des conditions dignes : effectifs réduits, enseignants formés, manuels actualisés, cours d’anglais et d’informatique dès le primaire. En parallèle, dans les écoles publiques, certains enfants de onze ans peinent encore à lire une phrase simple en arabe ou en français.
Le résultat est brutal  et à la fin du secondaire, les “bons élèves” sont presque toujours ceux des établissements privés. Non pas forcément parce qu’ils sont plus doués, mais parce qu’ils ont été éduqués dans des conditions qui permettent à l’intelligence de s’épanouir. Pendant ce temps, l’écrasante majorité des élèves issus de l’école publique, même brillants, luttent contre un système qui les abandonne avant même de leur avoir offert une chance réelle.

L’État mauritanien aime les symboles. Il construit de prestigieux instituts, d’imposantes universités techniques ou de sciences sociales, et célèbre chaque inauguration à coups de discours enthousiastes, de rubans de soie et de ciseaux dorés. Pourtant, la plupart de ces structures accueillent des jeunes sans formation académique solide, sans maîtrise des langues d’enseignement, ni méthodes de travail universitaires. Beaucoup décrochent, d’autres stagnent dans un système d’enseignement supérieur déconnecté du monde du travail et trop souvent indifférent à la réalité du pays.
À quoi bon bâtir des temples du savoir si les fidèles n’en comprennent pas la langue ? Le problème n’est pas l’absence d’infrastructures, mais l’absence de vision. On veut former des ingénieurs, des médecins, des chercheurs, mais on oublie que pour faire un bon universitaire, il faut d’abord un bon lycéen et avant cela, un bon collégien, un bon élève du primaire. 
La seule réponse durable est une réforme en profondeur de l’école publique. Cela passe par :
 • la revalorisation du métier d’enseignant,
 • la révision des programmes,
 • la réduction des effectifs par classe,
 • l’intégration des langues étrangères dès le primaire,
 • l’introduction de méthodes pédagogiques modernes.

Mais au-delà des réformes techniques, il faut un changement de cap politique : faire de l’éducation de qualité pour tous une priorité nationale réelle, pas un slogan de campagne ou un chapitre de plus dans un plan de développement.

Sans cela, la fracture éducative deviendra une fracture sociale irrémédiable. Un pays qui abandonne ses enfants à une école inégalitaire se condamne à perpétuer la pauvreté, l’exclusion et la colère. Et les belles universités resteront de vaines coquilles, construites pour une élite, pendant que la majorité s’enfonce dans le silence de l’ignorance.

 

Scheine

أحد, 06/07/2025 - 21:30